Rennes-Montréal : l’invité surprise

Les événements rapportés sont indirectement inspirés de faits irréels. Tout rapprochement intime avec la réalité n’en serait que fortuit.”

Montréal – Montréal,

Ici tout va bien.

Avec Marie, on avait un deal. Je déposais le badge, je rangeais les crayons, je fermais le minitel, j’échangeais ma carte de grand reporter contre un morceau de pâté chinois, je stoppais ma cotisation hebdomadaire à l’amicale des alcooliques de la place Saint-Anne ; je quittais Rennes, j’abandonnais la ville.

La meuf avait le bras long, et je connaissais trop les dessous de l’Imprimerie à son goût. J’avais réalisé plusieurs enquêtes à leur sujet (voir « La théorie du complot », « La malédiction », « L’équation à quatre inconnus »), et pour avoir mené celles-ci sans doute un peu modérément trop loin, sa milice de bénévoles pouilleux m’en avait finalement banni. J’étais désormais persona non grata. Ainsi, je n’étais plus convié ni aux soirées mousse, ni aux apéros sans gluten, ni aux partouzes du vendredi. Dire qu’elles seraient bientôt financées par la Région. Putain d’intermittents, putain d’assistés…

J’avais donc un deal avec Marie : leur boss, leur chef, leur one and only. Elle me laissait écrire mes petits papiers dans le Off bien tranquillement, et j’arrêtais là mes enquêtes. Je regagnais Montréal anonymement, moyennant cela personne ne venait m’emmerder.

Moi, et mes dossiers secrets sur l'IN

Moi, et mes dossiers secrets sur l’IN

Sauf que j’appris qu’un type débarquait en ville : “R one”… dans ma direction.

La fameuse « One direction ».

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– “Passeport ?” Mmh… Ok !

– “Casque audio ?” Prêt !

– “Ceinture ?” Bouclée !

– “Cheveux ?” Euuuh… bouclés aussi ?

– “Scaphandrier ?” Y a vraiment besoin de tout ça ?!

Agent R1, je vous rappelle que pour le bien de votre mission…”

– Je sais !  Je sais déjà tout ça ! Dis-moi plutôt quand est-ce qu’il décolle ce maudit avion avant que je ne regrette !

Décollage imminent. 3…2…1….Pouf !”

– Euh… Pouf ?

Je n’ai pas trouvé meilleur « effet normal » pour le décollage…”

– OKAY ! Allons-y pour le « pouf » ! Du moment qu’il ne se transforme pas en « plouf », moi ça me va !

POUF

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Non content de débarquer de nulle part, ce mec “R one”, atterrissait sur ma page telle une fleur, et avait la merveilleuse idée d’y écrire quoi : “Pouf” ?! « Pouf » me disais-je, la belle ordure ! Encore un coup de Marie c’est certain ! L’on n’écrit plus “Pouf” depuis dix ans au moins. Il y a une charte au Québec, on ne plaisante pas avec la langue ici !

Elle veut tester ma réaction, voir comment je m’en sors… Voilà certainement ce qu’elle souhaite Marie. Elle n’a pas digéré mon dernier article c’est sûr. De toute évidence elle a commandité R one pour venir me trouver ici ! C’est ça, elle s’est surement dit : “Envoyons notre champion à Montréal surveiller le petit con ! Le tuer même, ce serait bien ça aussi”. Mais c’était sans réfléchir aux conséquences, ahahah !!! Écrire “Pouf” tel le Français qui débarque en terrain conquis, voilà bien une première et une énorme erreur de la part d’Erwan ! Il passera chez moi dans la soirée, paraît qu’il a un message à me donner.

Je vais nous préparer une petite salade.

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Atterrissage dans 3…2…1…..KLONK !”

(« KLONK » ?  Bon ok, j’arrête de chercher à comprendre)

Bienvenue à Montréal Monsieur 1 !”

– Merci, ami imaginaire !

Ellipse dans 3…2…”

– ENCORE !? Je pensais qu’il n’y avait plus d’ellipse sur les avions ? Arrête de compter, vas-y franchement là ! Halte aux attentes trop soutenables !

Très bien !”

ZOUP 

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Le mec fait comme s’il n’avait rien vu. Mais je ne suis pas aveugle bordel, il a écrit « Klonk », et « Zoup... » aussi. On fait quoi maintenant, un concours d’onomatopées !? Comme dans les BD, comme dans les petits Mickey ?! Ça commence fort cette visite. À peine arrivé, le type squatte ma page, s’en vient débarquer chez moi, et ose me défier aux onomatopées ! Moi qui ai fait vingt ans de compétition en salle. Manque pas d’air le bougre. Je vais lui faire « Toc-toc » dans sa face, ça va être direct !

On frappe. V’là le gus qui déboule.

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TOC-TOC

(c’est curieux, le bruit semble bon cette fois-ci)

J’étais enfin arrivé à la porte de celui qu’on appelait le « M.A.N. ». Porte n°3615, rue Baker Street. Hum… faut vraiment que j’arrête de mater les pubs « sms » avec des numéros « chelous » et les séries américaines.

Erwan, ici on est à Montréal ! Mec, ressaisis-toi ! Ici, c’est les double-escaliers aux pieds des maisons, les dépanneurs, les bancs-bananes devant le métro, les tapis de yoga accrochés aux sacs des gens, les restaus vegan, les écureuils qui te regardent d’un air inquiet comme s’ils savaient que tu venais de France et que tu allais leurs tomber dessus à tout moment avec ton appareil-photo, sans oublier les gros bolides qui font passer nos tracteurs pour des Twingo. Concentre-toi sur ta mission bordel ! Il n’y a rien de plus simple ! Tu gères mon champion !

Prends une grande bouffée d’inspiration… GLOUP ! Voilàààà ! La vache ! Mais comment je peux penser tout ça en trois secondes moi ? Ah, la porte s’ouvre…

« GNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNNN »

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  • R1 : « Bonjour Marc-Adrien. »

(Mon dieu, il ressemble vraiment à ça, l’enquêteur maniaco-sarcastique dont on m’a vanté maintes fois les démérites ? N’est pas Schwarzy qui veut…)

  • M.A.N : “Allô !
  • R1 : « Allô » quoi ? Vous êtes au téléphone ? Il est drôlement bien caché votre… »
  • M.A.N : “C’est comme ça qu’on dit chez les gens civilisés. Marie t’envoie c’est ça ? Que veux-tu grand homme, me défier !?
  • R1 : (Il me tutoie… me connaitrait-il ? Il vient de me poser la question pourtant… Je ne comprends pas… Il a l’air plus intelligent que sa chemise et ses santiags le laissent présager, méfions-nous !)

« Hum hum… Bonjour Marc-Adrien, je suis l’agent R1. Vous ne me connaissez pas… euh… vous ne me connaissez pas, n’est-ce pas ? »

  • M.A.N : “Je te connais… Tu as écrit « Pouf, Klonk, Zoup, Toc et Gninnn » sur mon article. Au Mexique cela suffit pour pendre un homme. Marie t’envoies? Tu cherches quoi… la bagarre ?!
  • R1 : (Ouch, il n’est pas là pour beurrer les tartines lui ! Calme le jeu, ignore ces questions et présente-toi cordialement.)

« Je suis chroniqueur de l’espace de L’IMPRIMERIE NOCTURNE. Je viens vous prévenir de la part de la chevalière de la table carré d’as brelan de dames, Marie L., que vous n’êtes plus viré… Enfin, plus totalement ! Enfin, il faut que vous réécriviez pour nous illico nespresso. »

M.A.N : “Ah oui ?! Bienvenue alors ! Hey, attends une minute homme à moustache… Pour quelles raisons ne suis-je plus viré d’abord ? Parle ordure ! Et essuie tes pieds avant d’entrer ! »

  • R1 : (Il m’a dit « Bienvenue » ? Je rêve où ça fait pourtant 5 minutes qu’on parle et qu’on se voit de visu…Il est complètement con en fait, et parano qui plus est. Je me suis laissé amadouer, comme Mariam ! Quel naïf je suis ! C’est sûrement un piège, méfie-toi champion.)
  • M.A.N : « Ma ouiche lorraine attend dans le four, si tu n’as rien à me dire retourne à Rennes cramer les portes de ta mairie ! »
  • R1 : (Il veut donc m’enfourner comme Hansel et Gretel ? Et il sait où j’habite ! Ce type est un fou ! Vite observe les portes de sorties… bon ok je suis toujours à l’extérieur. Barre-toi Erwan, ça sent le pugilat et Dieu sait que tu n’as pas les plus gros poings de bucheron du monde.)

« Haha ! Adieu M.A.N, tu ne m’auras jamais ! »

SPLATCH SPLATCH SPLATCH SPLATCH (oui, j’ai marché sur un truc pas comestible en partant)

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Le type a décampé tel un furieux. Il ne doit pas aimer mon humour gaucho-agressif. Je le vois courir au coin de la rue, beuglant comme un âne. « Splatch, splatch » qu’il fait ! Merde alors, je ne saurai pas quel message Marie lui avait commandité. Je referme la porte. Cela sent la ouiche lorraine brûlant dans le four, tant pis je la mangerai tout seul. Dire que je nous avais préparé une petite salade.

« Zut alors ».

CLAP (de fin)

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