Rennes/Montréal : PORTRAITS

Sylvain Bertrand :10271555_10152575942229189_4477860792331319462_n

J’ai quelques petites choses qui me reviennent comme ça…

Je me présente : Sylvain Bertrand… historien de formation… Rennais d’origine… Breton… Français après. S’il en reste, comme disent les Malouins. Voilà pour les détails.

Au plus loin que je me souvienne, le premier texte que j’ai écrit remonte à 18 ans… j’en ai 29. J’en foutais pas une au collège. J’étais en 6e. Il fallait offrir, pour Noël, un cadeau de moins de 3 euros (ou quelque chose dans le genre) pour un ou une autre élève tiré(e) au sort dans notre classe. J’étais tombé sur une fille… je ne sais plus qui…

J’ai toujours eu un penchant avéré pour la séduction de la gente féminine. Je m’étais appliqué. J’avais rien déboursé, mais je m’étais appliqué. Coup de stylo… crayons de couleur… sueur au front, crampes aux poignets. Au final une histoire en 6 pages, 3 feuilles A4 pliées en 2 puis agrafées pour faire un livre… l’histoire d’un gamin qui voulait devenir violoniste (je commençais à apprendre le violon). L’histoire était illustrée. Finalement, la fille qui reçut le présent le refourgua à une autre gentille qui le voulait absolument, et qui devait secrètement en pincer pour moi. Premier chef-d’œuvre. Z’auriez dû voir la gueule des illustrations surtout. C’est peut-être là que je me suis dit que j’étais plus fait pour les mots que pour les courbes au crayon.

2e souvenir. Trois ans plus tard. Un projet délirant… en compagnie de plusieurs amis, nous formons un groupe de rap… le « Wolf Crew »… le crew des loups… nom de génie, visière sur le crâne, casquettes, jogging, piercing… Certains mercredis ou samedis après-midi je me mettais à écrire, enfermé dans ma chambre, feignant de faire mes devoirs, ce que je ne faisais absolument jamais… je m’asseyais à mon petit bureau tout peinturluré de tags horribles, de graphs, de noms de potes, de phrases insensées… j’avais pourri le bureau… et j’écrivais sur des feuilles volantes quelques textes qui résonnaient dans ma tête déjà comme des tubes superbes (certains d’ailleurs n’étaient pas si mauvais).

Puis j’ai eu honte quelques années durant, de cette période où je rappais et où je marchais en canard, la casquette renversée, l’œil faussement dur, dans les rues bourgeoises de mon quartier… Je n’ai plus écrit.

Jusqu’au jour où je me suis décidé à reprendre du métier. Parce que le besoin s’en faisait ressentir… des trucs comme ça… qui vous viennent, savez pas pourquoi… Depuis j’écris sans discontinuer.

Un jour, je rencontre un type au sourire franc. Il portait un béret sur le crâne. M’était déjà fort sympathique sur la tronche. Nous écrivions tous les deux pour le webzine rennais L’Imprimerie Nocturne. On commençait à bien s’aimer, et voilà qu’il me dit qu’il se tire outre-Atlantique… Montréal… BRAVO… BRAVO, comme dirait mon grand-père.

Ça ne fait qu’un tour dans ma tête… « comme les grands maîtres, les littérateurs de génie et nos autres semblables, nous allons correspondre cher ami, pour laisser à la postérité tout le sel de nos vies respectives… pour nous apprivoiser aussi, nous donner de la nouvelle fraîche et nous faire rêver en causant de Bretagne et de Québec… » Il m’a regardé, a levé sa pinte de bière, a bu, a gardé un nuage de mousse sur la lèvre supérieure et m’a répondu « Attends, on lève nos verres à quoi déjà ? » Nous venions, sans le savoir, de lancer le désormais fameux : « Rennes/Montréal ».


Marc-Adrien Nières :

J’ai quelques souvenirs qui me reviennent comme ça.Bonnephoto

Il y a un an : j’étais en Bretagne. Je levais mon verre. À quoi levais-je mon verre déjà ? Je ne sais plus. J’étais exalté, je trouvais cette idée géniale. Quelle idée géniale cela pouvait être encore ?

Il y avait ces gens de L’Imprimerie Nocturne, à Rennes en France. Des pétés du stylo, des timbrés du papier, des buveurs-cultureurs : des gens sympathiques et accueillants. Tous là, en cette soirée les Bretons du webzine, étaient (presque) tous là. Moi je n’allais plus les voir, et quel dommage. Eux, qui me laissaient écrire ce que je voulais. Même buveur-cultureur. Même buveur-cultureur, ils  me le laissaient.

2e souvenir : hier c’est l’automne. Je suis  à Montréal, voilà un an je levais mon verre. À quoi déjà ? Au fait que j’allais partir vivre au Québec. Au fait que L’Imprimerie Nocturne célébrait sa rentrée. Au fait qu’il y avait de nouvelles têtes et de nouvelles idées, qu’il y avait le soir et les amis : le camarade Sylvain nous annonçait que son troisième livre, sur les rades de Bretagne, allait être publié. Et qu’il allait être père. Pour la première fois à notre connaissance.

C’était il y a un an. Aujourd’hui encore, je lève mon verre à cette belle soirée. Au lendemain de celle-ci, je me souviens, je levais toujours mon verre. À quoi déjà, depuis je me demande ? Je cherche dans ma mémoire. Premier souvenir d’écriture : de courtes bandes-dessinées que je faisais enfant, avec intrigues et bagarres. Non ce n’est pas ça.

Un autre souvenir : il y a dix ans, j’écris pour un canard de l’Ouest. Je pense aller vers le journalisme, je fais des enquêtes, des comptes-rendus municipaux, des portraits… Je passe des concours, je persévère. Non ce n’est pas ça non plus. Dernier souvenir : c’est une fin de soirée, je suis exalté, je trouve cette idée géniale. Sylvain lève son verre et dit :

« Faut qu’on écrive des textes ensemble ! »

« Pas grave si tu pars », ajoute t-il. Il a la mine sympathique Sylvain. Il a le regard malin, l’œil fraternel. Il sent la bière et le tabac à rouler. Il est de la famille. Je trinque, on dit : « T’as une idée des textes qu’on peux faire ? » Chacun a beaucoup bu. On verra demain, c’est plus sûr comme ça. Un jour passe. Le lendemain j’ai mal à la tête, lorsque Sylvain a trouvé. On trinque à la belle idée. Maintenant je me souviens !

Un an plus tard, et pour la deuxième année, cela recommence. Sur le site de L’Imprimerie Nocturne et sur celui de L’Outarde Libérée désormais. Pour de grandes histoires de lieux et de courtes chroniques de vie.

De Rennes à Montréal, chacun de nous lève son verre.

« Ici tout va bien. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s