Le courrier des lecteurs #3 – La grève

C’est la mâchoire bâillante et les yeux brumeux que nous sommes allés relever ce matin le fameux courrier des lecteurs, arrivant toujours plus nombreux dans les caves obscures de stockage du centre de tri postal. Nous sommes repartis, le corps à la ramasse craquant comme un vieux tronc fatigué, pour sélectionner un courrier parmi tant d’autres insignifiants.

Nous avons ainsi repéré non pas un lecteur, mais tout un comité, qui nous écrit cette semaine.

Salut l’Imprimerie. Nous sommes un petit comité de lecteurs fidèles à vos parutions. Cependant, nous avons noté que plus aucun article n’avait été publié depuis jeudi dernier. Nous avons déprimé lundi en ne voyant aucune chronique cinéma, broyé du noir mardi en maugréant de n’avoir que l’agenda à nous mettre sous la dent. Mercredi, nous avons pris la résolution de vous écrire, l’inquiétude grandissant face à ce silence massif. En gros : vous foutez quoi ? Seriez-vous en grève ?

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Cher comité, ou plutôt salut puisque vous semblez apprécier les familiarités directes,

Soyez rassurés : le comité rédactionnel de l’Imprimerie n’a pas connu d’implosion nucléaire et ne s’est pas fait évacuer de ses locaux par une dizaine de gardes mobiles. Tout simplement, entre ceux qui s’amusent à traverser l’Atlantique pour aller suçoter quelques bonbons au sirop d’érable, ceux qui se sont inscrits sans nous prévenir à des concours de la fonction publique, ceux qui sont partis écrire des thèses de 2 000 pages sur « la fonction cathartique des intermittents et des chômeurs dans l’industrie culturelle de Disneyland », ceux qui se lèvent tôt pour gagner moins et ceux qui ont une éternelle gueule de bois, nous avons récemment eu du mal à établir un programme rédactionnel clair. Nous avons, de plus, dû procéder à quelques menus licenciements, notamment pour les journalistes qui s’étaient syndiqués au « Crayon Gravement Tapageur ».

Nous ne vous cachons pas cependant les interrogations actuelles qui ralentissent notre activité :

  • l’Imprimerie tourne depuis le XVe siècle; avons-nous la force de continuer ?
  • les mémos culturels se suivent et se ressemblent; avons-nous la force de continuer ?
  • le prix du demi dans notre bistro lieu de réunion a sensiblement augmenté; avons-nous la force de continuer ?
  • suite à plusieurs accidents en festival, nous sommes tous munis d’une jambe de bois; avons-nous la force de continuer ?
  • suite à un travail répété de nuit, nos yeux n’arrivent plus à distinguer l’écran d’ordinateur de notre tasse à café; avons-nous la force de continuer ?

Nous ne sommes donc pas face à un piquet de grève mais au pied de ces interrogations aussi douloureuses que nos doigts qui ont pianoté toute l’année. Nous reviendrons dès que notre chef informatique aura réussi à les communiquer par telex à l’équipe, dont certains sont actuellement à la plage, et trouvé des réponses satisfaisantes.

Nous espérons, cher comité de lecteurs fidèles, avoir répondu à ta question et que ta patience saura être à l’égal de notre bénévolat.

Cordialement,

L’Imprimerie Nocturne

PS : nos travailleurs pakistanais sont quant à eux exemptés de ces questions et poursuivent leur travail sur l’agenda bien rempli.

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