Rennes / Montréal : le Off de Cybercap

Ici à Montréal, tout va bien.

Il y a quelques mois de cela, je m’en allais faire un tour dans le vieux Montréal, visiter les locaux de CyberCap, l’organisme québécois de lutte contre le décrochage scolaire. Comme toi avec Saint-Germain-Sur-Ille.

Je revenais dans un endroit que j’avais bien connu. Plusieurs années auparavant, je travaillais dans un centre d’appel du quartier, et j’avais eu la chance d’y rencontrer nombre de mes bons amis du coin. Une bonne quantité d’entre eux : d’origine sénégalaise, tunisienne, marocaine, algérienne…, ayant immigré ici comme moi. Si le boulot était pour le moins ingrat, ces journées en compagnie de mes collègues, avaient toujours ce petit côté léger et funky, qui les faisaient passer agréablement.

En ce début d’après-midi de mars, je m’en allais donc réaliser une petite entrevue de CyberCap. J’étais en retard. Je traversai la rue Notre-Dame, passai rapidement devant le five-guys (meilleure adresse de burger ever), croisai la rue Saint-Paul, et me souvenais de cette époque où je pressais le pas de la même façon, veillant à ne pas arriver démesurément en retard. Je me rappelais cette sensation lorsque, sortant le soir et observant les buildings, je me demandais ce que pouvaient faire mes potes bretons restés en France. Dormir ou boire probablement.

L’interview de CyberCap terminée, j’amorçai le chemin du retour et m’enfonçai dans le tunnel de la station Square Victoria. Je pris un journal gratuit, et attendant le métro, commençai à parcourir les titres. Je me disais que ce goût pour le sensationnalisme des journaux, qu’ils soient télévisés ou papier, finissait par me taper sur le système. Si les initiatives comme celles de CyberCap me semblaient tirer la société vers le haut, la majorité des journaux me semblaient eux, ne relayer que les actualités les anxiogènes et les plus spectaculaires. Ce qui m’amène à cette question : connais-tu le syndrome du « mauvais monde » ?

C’est une théorie, avancée par des sociologues anglo-saxons, qui prétend qu’à force d’abreuver le spectateur, le lecteur, et plus globalement le citoyen, d’images violentes et de mauvaises nouvelles, on développe chez lui le sentiment qu’il évolue dans un monde pourri, où la nature humaine est «foncièrement mauvaise », et dans une société sur laquelle, il n’a absolument aucun impact. Le fameux : « Qu’est-ce que tu veux que je change à mon échelle, petit gars ? » est un bon exemple de cet acte de résignation, de cette soumission volontaire.

Ce syndrome du mauvais monde, que les médias entretiennent à l’envi, tient sur deux ressorts bien connus : la peur et la violence. C’est cool la peur. C’est cool la violence. Je ne sais pas si tu as déjà fait l’inventaire de tous les avantages qu’elles offrent ? Sérieux faut pas croire l’ami, ces sentiments-là, ils te rendent la vie facile.

Prends la violence par exemple. Elle t’offre un lot de réponses à « peu de frais » à une multitude de situations souvent fort complexes. À une foule de problèmes qui demanderaient bien trop de temps pour être compris, de dialogue, de réflexion et conciliation. Là tu t’emmerdes pas, tu écrases, tu musèles, tu tues dans l’œuf. C’est pratique sérieux. Les médias l’ont bien compris : la violence c’est le pied.

D’abord, bien souvent elle est visuelle. Pour la télé, ça passe mieux. Pour la presse aussi c’est grandiose. C’est généralement le principal ressort des manchettes que tu trouves sur la devanture des bureaux de tabac. Pour l’anecdote, je me souviens d’un journaliste lorsque je faisais un stage à La Dépêche du Midi, qui me disait en substance : « De toute manière, les gens ne lisent que les faits divers mon petit gars, alors que veux-tu faire ? » Tu penses bien que les faits divers ils leur en filaient à bouffer jusqu’à la gerbe. Pas cons les mecs.

Mais si ta violence n’est pas visuelle, t’inquiète qu’elle peut toujours être larvée. On te parlera plus facilement de l’évolution du chômage, de la délinquance, ou de la radicalisation islamiste des groupuscules du Périgord, que du travail effectué par telle association luttant contre la pauvreté, la faim dans le monde… Il s’agit de l’actualité me diras-tu. Le chômage progresse, il faut bien en parler. Absolument, il faut. Tout comme de la lutte contre la pauvreté dont l’actualité, elle aussi, est quotidienne. Le choix de l’info, c’est le choix des priorités.

Qui dit violence, dit peur. Là tu touches au jackpot. La peur, elle a un double avantage. Avec elle tu gardes l’animal humain en éveil, avec elle, tu freines le citoyen dans ces velléités de contestations. Prenons un sujet sensible, Charlie Hebdo par exemple. Te voilà face à un acte d’une grande violence. En réponse à celui-ci, les gens : toi, moi, vous, décident de ne pas céder à la peur, défilant côte à côte pour montrer un signe fort, celui de l’unité. À mon sens, et à celui de la majorité des gens je suppose, c’était la première chose à faire, ne pas céder à la peur, montrer une véritable cohésion.

Mais, pour lutter contre cette violence, et par peur que celle ne se reproduise, les citoyens acceptent que soit voter une loi sur le renseignement, où ils cèdent volontairement d’une partie de leurs libertés à l’État. Une des lois les plus liberticides qui soit, est acceptée par le peuple dans l’indifférence quasi générale. La peur et la violence nous font accepter les lois les plus folles, et pour le moment, la plupart d’entre nous, n’y voient rien.

Tout cela pour en venir où ? Aux initiatives citoyennes. CyberCap dont nous avons causé la semaine passée, est le parfait exemple d’une initiative de réinsertion sociale créée par des citoyens, puis appuyée par les politiques publiques. Plutôt que de laisser les médias cultiver ce syndrome du mauvais monde, il faut mettre en valeur les initiatives qui tirent une société vers le haut. Sans quoi, et sans même que nous nous en rendions compte, la peur et la violence nous feront tolérer des choses que nous n’aurions jamais pensé accepter un jour.

Ici à Montréal tout va bien.

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