Rennes/Montréal : le off de Planches

Ici au Québec tout va bien.

Récemment, j’ai rencontré Émilie de la revue de bandes dessinées québécoise Planches. Tu en as entendu parler, l’article est paru, aux côtés du tien, sur le site de l’Imprimerie.

On en a causé hier. La semaine passée aussi, le mois d’avant, avant. Tu t’en souviens ? Les articles sur les éditeurs de BD, en France et au Québec? Les gens de la revue Planches, ceux des éditions de l’Oeuf ? Tu t’en rappelles ? On se disait qu’on avait de la chance : travailler pour l’Imprimerie Nocturne, fréquenter les gens riches. « Tu vas voir, ceux qui font de la BD, ils sont blindés de pognon », que je te disais. Tu te souviens de ça ? T’as fait cette blague après, je me rappelle plus. Je l’ai pas comprise. On en a causé, en tout cas, je suis sûr de moi, sur ce coup.OffPlanches1

J’ai donc rencontré Émilie de la revue Planches. On s’est donné rendez-vous sur la rue Saint-Hubert, à deux pas du métro Jean-Talon. Dans l’ancien quartier où je squattais il y a quelques années, avec mon crew, mon gang de boloss. Le coin n’a pas changé. Pour que tu visualises, la plaza Saint-Hubert, c’est une grande rue marchande aux trottoirs couverts. Dès qu’il y a de la neige, paraît que c’est pas mal sombre.

Le « Las Vegas » de Montréal.

Paraît aussi que dans les années 60-70, la rue Saint-Hubert c’était le « Las Vegas » de Montréal. Les gens s’y rendaient pour y « magasiner » en « masse ». C’était bien avant que les centres d’achats ne s’installent dans le centre, et que le quartier ne perde petit à petit de sa superbe. J’ai vu quelques photos de cette époque-là. Si t’aimais les néons, t’étais à la bonne place.  Aujourd’hui, on trouve encore des magasins à profusion, sur la plaza Saint-Hubert. Avec ce petit côté cheap et désuet, qui donne à l’endroit un aspect sympathique. C’est une promenade au style hétéroclite. À l’image du quartier Jean-Talon, où nombre de communautés cohabitent : Africains, Antillais, Maghrébins, Québécois, Français…

Ce mélange des cultures, tu le ressens à la variété de ces boutiques disposées en enfilade de chaque côté de la rue. Il y en a pour tous les goûts. Si tu kiffes les vieux films et les ambiances à la Happy days, il y a un resto qui devrait te plaire. Un « dinner » style rétro années 60, avec ses tables et ses chaises aux couleurs flashy. Aux murs, t’as des centaines de vieilles photos de grands acteurs français et américains d’après-guerre : Cary Grant, Marilyn Monroe, Errol Flynn, Gabin, Ventura, De Funès… T’as aussi des vinyles, un juke-box au milieu de la salle…

Si ton trip, c’est plutôt les tresses africaines, t’es également à la bonne place mon pote. Tu veux te faire des rajouts ? En mettre plein la vue à ta gonzesse ? À la plaza Saint-Hubert, le nombre de coiffeurs au mètre carré ferait pâlir Jean-Louis David. Si les tresses c’est pas ton truc, tu peux aussi t’acheter une robe de mariée, ou de demoiselle d’honneur, si t’es short niveau sous. C’est bien demoiselle d’honneur. Ça parait moins glorieux, mais t’as le choix des couleurs.OffPlanches2

J’arrive donc à la rue Saint-Hubert, je sonne à la porte de l’atelier de la revue Planches. Juste en face de la piscine, à côté d’un magasin de jeux vidéo qui me fait de l’œil, façon Sauron.

J’attends qu’on m’ouvre. Depuis la porte-fenêtre, je vois quelqu’un qui descend l’escalier. Émilie arrive.

Je lui trouve un visage sympathique, un air chaleureux, une voix accueillante, une démarche tranquille.  Elle m’invite à la suivre. Nous grimpons les marches. Je prends le temps d’admirer chaque menu détail de ces subtiles gravures et de ces fines dorures, qui ornent l’escalier en bois tropical, que nous arpentons depuis une demi-heure.

Je vois des dessinateurs jouant au golf, chassant l’éléphant, roulant en décapotable alors qu’il pleut dans leur bureau

Tu les connais, ces gens du milieu de la bande dessinée. Nous en parlions, souviens-toi. Ils ont du pognon, te disais-je. Pas qu’un peu, figure-toi. À mesure que nous avançons dans l’escalier, j’observe, impressionné, tout le faste et le rococo de cet atelier de la rue Saint-Hubert. Comment te décrire en quelques mots, simples et bien choisis, ce goût du luxe que l’on retrouve dans tous les ateliers BD de la planète ? Une heure passe, l’escalier me semble de plus en plus étroit, de plus en plus raide aussi. À mesure que nous grimpons je vois, tantôt des écrivains, tantôt des dessinateurs, jouant au golf, chassant l’éléphant, roulant en décapotable alors qu’il pleut dans leur bureau, mangeant des mets raffinés, sans utiliser ni couteaux ni fourchettes. J’en vois certains, les plus riches certainement, qui font tout cela en même temps.

Des tables à dessin en or massif, de 6 mètres de haut sur 3 mètres de large, sont placées ça et là, le long de l’escalier, rappelant au visiteur à quelle caste « bien née » il vient rendre visite.

Au bout d’un moment (assez long il me semble), nous arrivons au sommet de l’escalier. Je découvre une vaste salle, où sont disposés quelques tables, un ou deux fauteuil, un canapé peut-être, et du bazar sûrement. Émilie m’invite à emprunter le petit couloir, qui mène à son bureau. Nous entrons dans une salle, à peine plus grande qu’un cagibi. Voilà le QG de Planches. Ni gravures, ni dorures, pas même quelques paillettes.

Cette description que je t’ai faite de cet escalier à l’allure clinquante, ressemble d’avantage à ce que l’on peut trouver dans quelques grosses compagnies de cinémas ou de jeux vidéo, que dans un atelier de BD, à proprement parler. Tout cela pour te dire, et c’est bien triste, que loin des fastes et des excès, la majorité des auteurs de BD n’arrivent pas à vivre de leur travail. En France, la BD connait de très graves difficultés.

Pirouette de fin de texte. Pour tous les amoureux de BD, je vous invite à jeter un coup d’œil à l’excellent article de Télérama (http://www.telerama.fr/livre/les-auteurs-de-bd-s-inquietent-de-leur-avenir,113638.php), qui explique, mieux que je ne le ferais, la délicate situation des éditeurs et des auteurs de bande dessinée à travers l’Hexagone. Un bon moyen de boucler le sujet pour le moment. En attendant d’y revenir plus tard, faites-nous confiance…

Et si vous voulez connaître ce qui se fait de neuf en matière de BD québécoise, je vous recommande la lecture de la revue Planches, dont les numéros sont désormais disponibles chez certains libraires de France et de Navarre.

Ici au Québec, tout va bien.

http://revueplanches.com/la-revue-main/points-de-vente/

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