Rennes/Montréal : première semaine

 Ici en France tout va bien.

Dans le Doubs le FN a fait 48,5 %. L’UMP s’est déchirée sur la fameuse question du rassemblement républicain. Un truc du genre, les « ni-ni » contre les « anti-FN ». C’était vachement marrant. C’est vrai on se marre, dire que le FN fait aujourd’hui plus de 48 %… c’est l’autre blonde à la carrure masculine qui doit se frotter les mains à s’en écorcher les paumes. C’est qu’ils n’ont pas les paumes fragiles les rejetons de l’ancien guerroyeur qui allait torturer des fellaghas et d’autres dans la bonne vielle colonie d’Algérie. Ils n’ont pas les paumes fragiles et ils aiment le contact, le vrai… Tiens, parlant de ça, la petite dernière on n’a pas eu de nouvelles dernièrement… Une si jolie frimousse, elle va bien réussir à vulgariser et banaliser les amalgames qui donnent ce souffle nouveau à une Europe en crise. Moi, quand je disais que j’aimerais bien remonter le temps pour revoir les années 20/30, c’était une image, je m’imaginais surtout me balader aux côtés des Cocteau, Man Ray, Eluard, Soutine, aller fricoter avec la Kiki ou aller zyeuter les nichons de Joséphine Baker… tu vois le genre, j’imaginais replonger dans le Paris Dada, ou Berlin c’est au choix, j’imaginais l’effervescence intellectuelle, humaniste, artistique. Bon Dieu, z’ont rien compris, je voulais pas retrouver les fous de la Ligue d’extrême droite, l’Action française, les Croix-de-feu et consorts… merde ! C’est qu’ils me foutraient presque les boules ces cons.

Et je parle pas des gueules qu’on recommence à voir à la télé (je n’ai pas la télé mais je le sais, crois-moi), les voix qu’on recommence à entendre à la radio… Les NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet), S. (Sarkozy) et autres trublions qui reviennent sacrément en forme.

Ici tout va bien, sérieusement. Le froid prend de la vigueur à certains moments. Et toi ?

Quand je dis qu’il prend de la vigueur, ce matin, par exemple, je me suis levé, j’ai pris un café et dehors, le ciel était tellement découvert qu’il en était carrément blanc, idem ma voiture qui dormait encore, idem le petit carré de pelouse, idem le gravier, bien qu’il le soit naturellement blanc, idem le chat… c’était pas de la neige, non juste du blanc de froid… Tu me diras je ne me plains pas le moins du monde, je t’imagine avec ta chapka et tes moon-boots dans le froid polaire du Canada… alors ça caille tant que ça ?

Ici à Rennes tout va bien. Tu connais, nous les Rennais, on n’est pas du genre à croire aux sottises que racontent les blondinets aux paumes solides. On n’est pas du genre non plus à croire aux sornettes des autres. Quoique les temps changent tu me diras. Il reste quelques bastions mon gars. Je connais des endroits, mieux vaut ne pas y fourrer tes pieds si tu ne portes pas sur toi un grand A noir. Je déconne. Mais il reste des endroits où ça fuse pas mal. Où il y a des projets qui se lancent, des gens qui chantent, des mecs qui dessinent sur des coins de table, des mecs qui portent encore des bérets un peu à l’ancienne, type communard ou dans le genre, des gonzesses aux cheveux courts qui font du théâtre, d’autres qu’écrivent des livres, encore qui écoutent même du hip-hop et qui vont voir des concerts, certains écoutent même du jazz, c’est pas des conneries. Je dis ça, tu connais bien toi. Voilà Rennes vit toujours, les étudiants gueulent encore dans la rue.

L’autre jour, ou nuit, je suis allé boire des verres dans un de ces bars du centre-ville, côté Sainte-Anne, et cette fois-ci j’ai été surpris, quasiment pas un chat. Nom de Dieu c’était le début des vacances et les étudiants étaient rentrés chez papa et maman pour gouûter la bonne bouffe et le sevrage sans doute. Tiens-toi tranquille (comme dirait mon grand-père) on a bu quand même. Et Rennes c’est toujours la même. Les pavés ont gardé leur couleur. Et les mecs qui sortent le soir et qu’ont pas peur de la nuit et des idées ont aussi gardé leur « couleur »… Va falloir un peu de force et un gros coup de pompe pour qu’on en mette un coup et qu’on ne lâche rien du tout, qu’on continue de penser, de rêver, de vivre.

Ici à Rennes tout va bien. La vie suit son cours. Travelling c’est fini. Bientôt Mardi Gras. Bientôt Les Embellies. Bientôt Rue des livres. Jazz à l’étage. Le mois de mars approche finalement. Rennes vit toujours, toujours, on dirait presque qu’elle n’a peur de rien cette ville. Je peinerais à la quitter. Je ne sais pas comment tu fais. Oh, tu me diras, et tu as tout à fait raison, que moi aussi je l’ai déjà quittée, je suis parti à Bruxelles, à Lannion et peut-être que je me barrerai de nouveau, qui sait ? Mais le foutu pincement au cœur que ça me ferait.

Tiens j’ai revu les oiseaux du Thabor l’autre jour. Et j’ai bu de la chouffe dans un bar des Lices. J’aime moins les Lices que Sainte-Anne. Question de style. J’ai acheté plein de super bouquins chez Max, au Pécari-Amphibie. Notamment le dernier Dan Fante, ce timbré fils de John. J’ai claqué quelques thunes dans les bars ce qui m’oblige à me la jouer économe sur les derniers jours de février.

Je voulais écrire ce matin et finalement j’ai fait autre chose.

À l’Imprimerie tout roule. Je crois. La rédac-chef écrit toujours des mails et des messages sur Facebook pour dire ce qu’il y a à faire, ce qu’il ne faut pas faire, elle écoute toujours du jazz je crois, elle boit toujours quelques coups au PT je crois aussi. Il  y a de nouvelles têtes, mais tu les as déjà vues. Je dirais que ça roule carrément, faudrait que j’écrive un article d’ailleurs, mais je ne trouve pas le temps.

Ici tout va bien. Pour le mieux. J’écris toujours. Je bois du café le matin en me réveillant. Plusieurs tasses. J’espère ne jamais perdre mes mugs, je déteste boire du café dans des verres. Une fois les cafés enfilés, je me mets à écrire. Beaucoup, jusqu’à ce que j’en ai marre. Et quand j’en ai marre, je regarde un peu mon chat, je vais lui donner à manger, je fume une clope et si vraiment je n’arrive plus à écrire, je vais à Rennes, centre-ville, et je la regarde tourner avec tous ces travaux qui me font un peu peur, peur que la ville change de trop et que tu ne la reconnaisses pas… j’espère que tu la reconnaîtras.

Et toi, là-bas, au Canada, ça va ?

Ps. Aujourd’hui mercredi 18 février, c’est mon anniversaire.

lices

Ici au Québec, tout va bien.

Une semaine que je suis là, j’ai encore des œillères. M’a fallu un peu de temps pour me remettre au rythme. Me réhabituer à l’ambiance, aux gens, me remettre du décalage horaire. J’avais oublié comme l’on se sent « déphasé » durant ces moments-là. Comme d’avoir un pied au-dessus de chaque continent, tu vois ? Pendant quelques jours, le corps n’est pas vraiment opérationnel. Il aime te jouer des tours. L’esprit en profite du coup. Il vagabonde nostalgique entre le souvenir des gens que tu as quittés, et la joie de ceux que tu vas revoir.

Fait froid ici. Je t’ai causé du froid, n’est-ce pas ? Pas la même chose qu’en Bretagne. Pas de ce froid vicieux à te faire tomber malade, à attraper la grippe, ou la sainte chiasse. Pas de ce temps humide qui s’engouffre sous tes vêtements en fourbasse. Un froid sec plutôt. Franc et sec. Lorsque le vent se lève, c’est du moins 20 en ressenti que tu dégustes.

Dimanche matin, je suis parti voir des amis. Je me suis dit que j’allais faire le trajet à pied. C’était pas loin de chez moi. Manière de repérer le quartier, de voir une nouvelle partie de la ville, de prendre mon temps bien tranquillement. Il neigeait fort cette journée là, le vent soufflait coriace.

J’ai commencé à remonter le boulevard Rosemont, je devais me rendre jusqu’au croisement Saint-Michel. C’est pas si loin, tu vois. Trente minutes peut-être. Au bout d’un quart d’heure, j’y voyais goutte, tant le vent s’écrasait lourdement sur les contours de ma gueule. Alors je me suis abrité, j’ai attendu le bus, et comme tout le monde, j’ai regardé le temps faire son œuvre. Je me suis dit que j’étais heureux d’être ici.

Ce n’est pas ce froid humide et ce climat pluvieux, que l’on trouve à Rennes. C’est sec, et venteux. Ça te chauffe parfois tellement la gueule, que tu en croirais que ta tête va exploser. Durant une même journée, ça peut passer du tout au tout. J’ai souvenir d’une fois, le printemps avait succédé à l’hiver en à peine quelques heures. Pas simple. Pourtant j’aime bien ça : les « éléments », comme on dit. La nature qui te rappelle qui est le patron. J’aime cette idée. Non, ce n’est pas juste une idée. C’est un fait : « la nature est le patron ». Et  à mon sens, le seul « dieu » dont la présence soit certifiée.

Je m’étais arrêté là, avant de quitter la France. Tu sais, les dieux, les prophètes, les intégristes, les caricaturistes et leurs petits dessins punks. Comme beaucoup, je me suis tenu loin de la récupération politique qui a suivi. J’ai eu tort je pense. Même lorsque l’on n’en peut plus, que l’on s’agace ou que l’on maugrée devant son journal ou sa télé, il faut continuer d’écouter les discours des politiques. Manière de voir ce qui se trame, de ne pas se laisser distancer, de ne pas renoncer, non plus. Façon de « connaître l’ennemi » aussi.

J’écoute pas mal les RATM en ce moment. C’est simpliste, désolé.

« Connaître l’ennemi ». Pour le FN, la formule est parlante (pas que pour le FN tu me diras). 48,5 % dans le Doubs ? Pas mal. Certains oublient comment ils s’occupent de leurs mairies. Je me dis que théoriquement, et devant la force des faits, l’électeur avisé devrait être sacrément refroidi. Pourtant, il y en a qui en redemandent. Comme ces mecs qui ont des affaires, des dossiers et des casseroles qu’ils traînent à ne plus savoir qu’en faire. Penses-tu que la sagesse populaire ait l’idée de se tenir à distance de ces gens-là ? Les Balkany sont toujours en mandat… Fort, les mecs.

Ici aussi, tout va bien.

Je n’ai pas pris le temps de suivre les actualités canadiennes (et québécoises) depuis mon retour. À peine si j’ai entendu que « les Canadiens » de Montréal, avaient gagné contre « les Devils » du New-Jersey, le week-end passé.  J’y connais pas grand-chose moi au hockey. Alors j’écoute, je fais confiance. T’en as déjà regardé, toi ? T’es parvenu à fixer ton attention sur le « palet », plus de 30 secondes ? Pas si évident. Je me demande parfois s’il y a bien un « palet », dans ce jeu ? À titre d’info, ils appellent ça la « puck », ou la « rondelle ». Ça se retient bien.

On n’est pas très « hockey » nous en France. En même temps, ils ne sont pas très « soccer » eux au Canada. J’en connais qui trouvent ça lent, qui disent qu’il ne se passe pas grand-chose. J’avais vu jouer « l’Impact de Montréal », l’équipe de foot de la ville, y a quelques années. Je ne peux pas leur en vouloir de trouver ça lent. Blague à part, il y quelque chose que je trouve dingue :

Où que tu te trouves sur cette planète, le sport a toujours cette même faculté de mobiliser les êtres humains et d’exalter leurs passions. Quitte à ce que ce soutien indéfectible pour un athlète ou pour une équipe, ne mène les supporters qu’à de simples querelles de clochers.

« France » / « Canada »

« Bretagne » / « Québec »

«  Rennes » / « Montréal »

« Football » / « Hockey »

« Blanche Hermine » / « Blanche de Chambly »

Ici aussi, tout va bien.

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