Dernier épisode en attendant le livre : Chez Marie-Agnès à Pacé

Le Petit Bénéfice à 130 ans d’existence. Marie-Agnès tient la boutique depuis 1986. Et nous, nous connaissons le Petit Bénéfice depuis 2 ans. Des amis rénovent une maison à la Chintre, juste à côté.

Dans le bourg de Pacé, il faut filer vers Gévezé, passer les lotissements de maisons des années 80-90, qui parfois, dans la bouche de certains, comme dans la mienne, laissent un petit goût dégueulasse, c’est l’architecture et l’endormissement général des lieux qui doit faire ça… Quelques brise-route, comme je les appelle, des dos d’âne, un ultime lotissement sur la gauche, j’allai chercher un pote dans l’une de ces maisons un jour, pour un projet dans la forêt de Brocéliande. Un projet de TPE qu’on faisait sur le mythe arthurien du Graal… on s’éclatait pas mal en terminale littéraire tout de même. Et ça donne des grands cons comme moi qui passent leur temps à écrire ce qu’ils voient. On continue on continue, on arrive à un stop… à droite. Et à partir de là c’est tout droit sans s’arrêter jusqu’au Petit bénéfice. On est juste à  côté de l’endroit où j’ai grandi, à seulement quelques kilomètres, c’est chez moi ici, je connais bien. Ça fait tout bizarre d’avoir voyagé tout ce temps en Bretagne et d’avoir eu l’impression d’échapper au temps comme dans n’importe quel autre voyage, d’avoir ressenti le dépaysement comme une belle aventure. Pas une aventure aussi romanesque que celle d’une connaissance qui vient tout juste de rentrer de la route du Rhum, classe 40 « vintage » et qui a fini premier de sa catégorie. Une aventure étrange, vibrante, bourrée d’émotions. Les accents différents des 4 départements. Les paysages. Les gens. Le breton. Les relents de gallo. La mer et les écumes blanches de la pointe du Van, les mouettes de Douarnenez sur le port tacheté des fientes blanches tombées du ciel… un dépaysement total et nous voilà de retour en Ille-et-Vilaine, mieux encore à Pacé, près de chez nous… au Petit Bénéfice que nous connaissons un peu et dont nous voulions parler.

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On rentre et il fait chaud, la même impression que la première fois où j’y ai été. Le feu sur la droite dans la cheminée, une grille posée au-dessus des bûches qui se consument. C’est Noël dans un peu plus d’une semaine, alors une crèche immense décore le coin droit de la pièce. Un téléférique monte et descend… Marie-Agnès me reconnait. J’étais venu boire un vin chaud l’année dernière. Le vin chaud à la casserole qu’elle s’en va faire dans la cuisine derrière. Pareil pour le café, sur la gazinière… Un vin chaud de casserole qu’on flanque dans les verres ensuite, avec le floc floc de l’écoulement… c’est chaud, on prend la tasse à deux mains et on souffle dessus, ça réchauffe parfaitement.

Là on se contente d’un café. Marie-Agnès est toute seule pour le moment. On discute de nos amis qui rénovent. Ils se connaissent maintenant. Et puis, y a même les services qu’on rend de temps en temps, le père de notre pote qui a prêté je-ne-sais-plus-quoi à Marie-Agnès… Un grand carton est posé à côté de moi avec des noms inscrits dessus, pour la tombola de Noël. On fera venir un père Noël ici pour que les enfants puissent se faire prendre en photo avec devant la crèche…

Le mari rentre à ce moment-là. Il est boucher, retour du travail. Marie-Agnès s’échappe un instant dans la cuisine à l’arrière… on entend la télé qui fonctionne. Elle revient avec des pommes de terre qu’elle épluche sur le bord du comptoir tout en discutant avec nous… elle ramène les patates et revient avec deux beaux morceaux de viande qu’elle pose sur le grill dans la cheminée. Nous n’avons pas encore mangé, le fumet nous caresse les narines… elle est à côté de la viande qui commence à griller… nous parlons des événements qui ont lieu ici.

Marie-Agnès organise des concours de belote de temps en temps. Ce qui permet aux gens du coin de se retrouver pour jouer. Des concours de palet aussi. Ça je m’en rappelais nous devions y participer il y a deux ans, je crois, mais nous n’avions finalement pas pu… le palet, ça y est c’est vraiment chez nous, ça jouait à la boule bretonne partout ailleurs, personne pour venir tâter de la pièce avec nous. Pourtant, depuis gosse dans nos familles et même entre potes on lance le palet sur la planche de bois… et c’est galettes saucisses qu’on grille devant le Petit Bénéfice, et bière qu’on tire devant aussi… le terrain du fermier d’à côté est emprunté pour l’occasion.

Ce sont les alentours qui se réunissent, comme pour les 20 ans et les 25 ans du bar qui ont été organisés par Marie-Agnès pour réunir tous les habitués, les gens du coin, pour une bouffe amicale, comme une réunion de voisinage et pour fêter aussi la dernière propriétaire qui avait tenu le bistrot quarante ans et qui n’avait pas été fêtée pour son départ… On sent dans les yeux de Marie-Agnès, quand elle parle, qu’elle aime faire se réunir les gens… comme ces copains qui se réjouissent toujours d’inviter tout le monde à la maison pour des apéros des fêtes des Nouvel An… Et puis sans ce genre d’établissement, on ne se voit plus, c’est clair net et radical.

Un gars est entré un jour, il vit en coloc un peu plus loin avec d’autres jeunes… il venait de chez le boucher, il voulait absolument apprendre à tuer le cochon, comme on faisait avant  dans les campagnes, pour faire des saucisses, boudins, toute la tripaille… le boucher lui a dit d’aller chez Marie-Agnès, que le mari était boucher et qu’il pourrait l’aider. Ce qu’il a fait. Marie-Agnès accueille, présente, etc. Depuis tous les ans le cochon est tué et on mange la tripaille qu’on a faite…

La viande est grillée.

« Tenir un bar c’est aussi avoir un rôle de psychologue, il faut savoir écouter, sans juger, sans laisser transposer ses propres problèmes… et puis il faut savoir écouter, tout entendre et rien redire, faut pas bagosser… sinon les clients ils savent, et ça se sait vite après, que bah chez untel ou unetelle on peut rien dire sinon tout le monde le sait. Mais c’est important ça permet de soulager ».

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On commande une bière à l’arrivée de deux clients. « Bonjour ». On papote jusqu’à leur départ et Marie-Agnès nous parle de ses petits-enfants. On part sur les photos des 20 et 25 ans du bar, sur les photos des petits-enfants et le feu crépite toujours à côté de la crèche…

Voilà, le périple est terminé… une petite émotion qui vient palpiter entre les côtes, comme à chaque fin de voyage… nous sommes claqués, littéralement mais alors, nous avons aussi l’impression d’avoir mûri, vraiment. Je viens seulement d’écrire le texte sur Marie-Agnès,  4 jours après… entre-temps nous sommes retournés faire un tour dans le Morbihan, on suit les adresses qu’on nous donne au fur et à mesure. Puis retour Ille-et-Vilaine, Vitré, Pipriac… Nous venons de nous réveiller, vendredi matin, Yann s’occupe des photos à côté, sur ma table à manger, j’écris, XX en musique d’ambiance, mug de café, je n’ai même pas encore pensé à ouvrir les volets, j’y vais…

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