Marie

L’été s’achève et s’envole avec lui, le souvenir de ces flaques de vomi “pastis-cahouettes-céleri rémoulade » dont l’éclat des couleurs ne se révèle qu’aux premières lueurs de l’aurore.

Septembre est là. Le quotidien reprend ses droits et L’Imprimerie aussi.

Pour marquer de la meilleure manière (ou de la moins mauvaise) cette dernière interview, il était nécessaire de faire face à la plus délicate d’entre elles. Celle que par facilité ou par confort d’esprit, on préférerait mettre de côté, détourner de son regard, remettre aux calendes grecques.

Mais il est de ces ombres à la présence tenace, de ces fantômes qui se tiennent au-dessus de votre épaule et ne demandent pas autre chose qu’à être entendus. Oscillant entre l’ombre et la lumière, visible de tous mais inconnue du plus grand nombre, Marie L. fait figure de mirage. Un spectre dont l’importance pour l’Imprimerie Nocturne, serait inversement proportionnelle à la volonté d’être vue.

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Qui est cette mystérieuse Marie L. ? Marchant dans la pénombre, “celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom”, est à la barre de L’Imprimerie depuis sa création. Vaste entreprise à laquelle elle se consacre avec abnégation, mettant en lumière toute la diversité de l’offre culturelle rennaise, donnant la possibilité à de jeunes chroniqueurs loqueteux, d’enfin sortir de l’ombre.

Non contente de rédiger un nombre conséquent de publications pour le journal, (dont la variété n’a pour seul axe que de mieux “faire connaître”), elle est aussi, à la manière d’un Guy Roux (le physique en moins) une véritable éleveuse de champions.

Choisis pour leurs capacités à écrire des articles dans des conditions extrêmes (comprenez gratuitement), capable d’enquiller des litres de picon-bière et d’en simuler le plaisir, les chroniqueurs “# fous # géniaux # chanceux » de L’Imprimerie Nocturne, forment une armée de révolutionnaires culturels passionnés, unis autour d’une seule bannière :

Trouver un vrai boulot”.

Pas ingrats pour un sou, ceux-ci se souviendront, une fois leur gloire ou leurs indemnités de licenciement venues, ce qu’ils doivent (aussi) à Marie L. Cette possibilité qui leur sera toujours offerte de s’exprimer librement, de faire partager leurs passions et coups de cœur sans jugement ni censure.

Si Marie L. est bien cette ombre, cette silhouette ou ce fantôme planant au-dessus de L’Imprimerie Nocturne, elle en est également la digne matrone, la chef d’orchestre talentueuse et la tête de mule numéro un (voir ci-dessous). Cette ultime interview, lui donne enfin voix au chapitre. Et c’est vraiment la moindre des choses.

  1. Comment est née l’Imprimerie Nocturne ? L’histoire dit peu, mais la rumeur beaucoup.

La rumeur, tout de suite; nous ne sommes pas chez Voici. Et vous en venez directement aux origines, à la création; je me demande si vous ne travaillez pas en réalité pour La Croix.

L’Imprimerie est née de nuit, il me semble que tout est dans son nom pourtant. Et de nuit, mais pas dans une étable; L’Imprimerie n’est certainement pas immaculée. L’encre, ça laisse des taches.

  1. Dieu a créé l’univers en 7 jours, Chuck Norris l’a peuplé en une nuit. Combien de temps a-t-il fallu avec L’Imprimerie ?

Vous en revenez encore à Dieu. Et à l’armée*. Décidément mon vieux, vous choisissez mal vos introductions. Nous ne faisons pas dans le symbole “église armée justice » à L’Imprimerie; malgré nos liens avec la franc-maçonnerie construits par une rumeur partie d’un soupirail de sacristie, nous tenons à garder un cap : celui de l’indépendance (même si nos actions chez Waterman Stabilo Parker et PostIt peuvent vous faire penser le contraire).

Mais revenons à votre question. Je n’ai qu’une envie, c’est de citer le philosophe qu’est Klapish dans le Péril Jeunele temps, qu’est-ce que c’est le temps ? » L’Imprimerie Nocturne, tout comme Rome et autres villes de renommée internationale, ne s’est pas faite en un jour. Ni en 7 d’ailleurs. Il ne suffit pas non plus d’acheter un nom de domaine et un espace serveur, de bidouiller 3 lignes de CSS et d’afficher tel un slogan obscur “lisez l’Imprimerie » pour considérer qu’il a fallu du temps. Il faut une vie en réalité, et encore, cela suffit-il ? Si vous rentrez à L’Imprimerie, vous remettez au grand sablier tout votre agenda. Et vous ne pensez pas en terme d’achèvement de construction, mais plutôt d’élévation, si cela peut ravir votre côté mystique.

* Chuck Norris s’est engagé dans l’US air force.

  1. Qu’est-ce qui est le plus difficile selon toi ? Faire tenir un journal ou un meuble Ikea ?

À nouveau vous semblez perturbé dans vos comparaisons. D’une part vous reléguez ainsi le journalisme à un vulgaire morceau de contreplaqué soi-disant d’origine suédoise alors qu’en réalité tout le monde sait bien qu’il en va du sort de la forêt équatoriale, d’autre part vous introduisez ainsi habilement une question de support. Un meuble Ikea, si l’on suit correctement le manuel, tient tout seul comme un grand pour soutenir encyclopédies et bandes dessinées alternatives. Un journal, il tient tout seul dans les mains selon son support, mais il n’y a aucun manuel de conception; ce que voudrait bien faire avaler certaines écoles de “journalisme”.

À l‘Imprimerie Nocturne, nous sommes libres; certes nous ne disposons pas des mêmes moyens publicitaires capitalistes qu’Ikea, mais nous sommes libres, et cet équilibre me paraît bien plus facile à faire tenir qu’une étagère Läestrobrk. Votre question aurait donc dû être posée ainsi : qu’est-ce qui est le plus important : le contenu d’un journal, d’un meuble, ou sa construction aussi branlante qu’un jeu de Kapla ? Question qui aurait d’ailleurs attaqué l’importance même de l’artisanat du bois et du métal, et les fondateurs de l’Art & Kraft s’en seraient certainement retournés dans leur cercueil en pin massif; mais l’importance de la qualité de nos meubles chez nous, chroniqueurs à L’Imprimerie, est toute relative, car nous avons fait vœu de pauvreté matérielle, des meubles nous n’en avons pas.

  1. Comment s’organise le travail avec les auteur(e)s ? Sont-ils (elles) obligé(e)s de t’apprécier ?

Le travail avec les chroniqueurs (auteur est un bien grand mot que je préfère laisser à Oscar Wilde) est complexe; allez donc apprendre à des anciens otages de l’éducation nationale qu’ils sont désormais libres dans leur choix de sujet et de style. Qu’ils doivent faire preuve d’inventivité au quotidien pour alimenter les lignes de ce projet fantasque. L’organisation est cela dit assez sommaire; nous ne faisons pas dans les réunions de rédaction et nous ne savons pas nous servir de google agenda. Nous travaillons par échange de bribes, de notes, souvent transportées par corbeaux voyageurs. Quant à l’appréciation qu’ont mes collègues vis-à-vis de ma personne, elle diffère selon les individus. Certains voudraient bien prendre ma place, je le sais bien mais ne leur en tiens aucune rigueur, d’autres tentent des formes de corruption bienveillante sous forme de friandises sucrées qu’ils voudraient faire passer pour de la gentillesse. Depuis notre procès en diffamation, je me méfie. Car à L’Imprimerie, nul n’est tenu de m’apprécier pour défendre la culture avec un grand Q.

  1. À part ce nouvel aéroport, quels sont les projets à venir pour la saison ?

Il est en effet question de décollage. Outre une banderole flottante tirée par plusieurs petits avions visant à défendre l’intérêt des intermittents (voir notre dossier sur la question) et qui lâcherait des sortes de Kinder surprise contenant des strips humoristiques au-dessus des quartiers généraux du Medef, notre prochain projet travaille à la reconstitution du village des schtroumpfs actuellement en voie de disparition. Le grand Peyo (à ne pas confondre avec le grand peyotl* que nous ne consommons que pour les grandes occasions) n’ayant eu le temps de nous laisser les plans du village actuel, que nous ne pouvons faire visiter pour d’évidentes questions de sécurité, L’Imprimerie travaille sur la reconstruction de la célèbre médiathèque Babelschtroumpf, et qui pourrait diffuser ainsi à échelle miniature toute la quintessence de la création contemporaine.

* Substance hallucinogène que Marie affectionne particulièrement avec un peu de crème anglaise.

  1. Si tu étais un second rôle ?

Je sais que par cette question vous espérez chatouiller mon égo là où ça fait le plus mal, et vous auriez donc dû poser la question en ces termes : “supporteriez-vous d’être un second rôle en étant persuadée de tenir le premier ? » Si l’on considère comme William Shakespeare (paix à son âme) que le monde est un théâtre, alors je refuse tout rôle sur les planches. Je préfère cent fois les rôles de l’ombre qui donnent de la lumière aux autres, technicien son ou régisseur plateau, ceux qui aident le metteur en scène à révéler la nature de tous ces rôles, qui ne sont finalement que de vulgaires pantins attendant avec angoisse le dernier acte et le tomber du rideau.

  1. Si tu devais te décrire en quatre insultes et en quatre compliments ?

La plupart des meilleures attaques verbales ayant déjà été utilisées par feu le capitaine Haddock, d’autres par Desproges, nous allons devoir ausculter le degré de susceptibilité de L’Imprimerie. Je dirais que les mots blessants pourraient aller de “jus de pantoufle » à « détritus communiste » en passant par « journaliste raté » ou « raseur de mousse à bière”. Le problème étant que ces descriptions peuvent aussi fonctionner dans l’autre sens et être perçues comme des compliments. Sauf jus de pantoufle peut-être.

  1. Si tu étais un regret ?

Je vois d’ici votre article dans Psychologie magazine : “vous vivrez mieux avec des remords qu’avec des regrets : notre dossier complet pour affronter la crise de la quarantaine”. Quitte à choisir un regret, je prendrais le premier du recueil de Du Bellay, pour sa conclusion magistrale :

 » Je me plains à mes vers, si j’ai quelque regret :

Je me ris avec eux, je leur dis mon secret

Comme étant de mon cœur les plus sûrs secrétaires.

Aussi ne veux-je tant les peigner et friser,

Et de plus braves noms ne les veux déguiser

Que de papiers journaux ou bien de commentaires.

  1. Question SMS pour gagner le droit d’orienter l’univers à ta guise : “Quel goût ça peut avoir le fruit du hasard ?”

Le fruit du hasard a, à mon sens, le même goût que la pomme dans laquelle croqua Ève, à savoir il n’existe pas ! Tout d’abord il faudrait que le hasard soit un arbre pour qu’il donne un fruit, et je n’en ai trouvé trace dans aucune pépinière. Le destin est une conception bien plus noble que ces hasards de l’existence complètement stériles qui reviennent au même que des coïncidences : “ah tiens, j’ai croisé Natacha à la boulangerie ce matin par hasard”. Non, il n’y a aucun hasard, il y a tout simplement que Natacha a eu besoin de pain à la même heure que toi sombre idiot. Tout ça pour gagner le droit d’orienter l’univers à ma guise, merci bien, j’ai déjà assez de travail pour faire tourner L’Imprimerie.

  1. Dis tout le bien que tu penses de tes concurrents, tout le mal que tu souhaites à l’Imprimerie Nocturne.

Entendons-nous bien, nous ne citerons personne. Tout d’abord considérer l’autre comme un concurrent nous mettrait dans un état d’esprit guerrier, et nous avons adopté à ce propos une méthode de travail zen (qui est encore au banc d’expérimentations, certains d’entre nous présentant des allergies à l’encens tibétain). Ensuite, dire du bien, nous ne sommes pas là pour lécher des bottes (dont certaines sont, entre nous, bien poussiéreuses); je crois qu’en réalité nous pataugeons dans la même mare, à savoir tenter d’organiser par le biais du journalisme des commentaires sur quelque chose de désorganisé et un peu foutraque, à savoir l’univers. Tout le mal que je souhaite à L’Imprimerie, outre que son serveur implose dans des souffrances atroces car un datacenter aura été attaqué par des hordes d’ours polaires, est de sortir de cette mare pour se rendre compte jusqu’à quel niveau elle a pu s’enfoncer dans la vase. Car la vase, tout comme l’encre, ça laisse des taches.

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