Z’auriez pas des chouquettes ? Épisode 1

Pour aussi connue et respectée qu’elle soit, l’Imprimerie Nocturne reste un mystère. Le journal culturel et alternatif rennais, véhicule depuis sa création en 2011 d’étranges rumeurs.

Aux incriminations de liens avec la franc-maçonnerie et jusqu’aux soupçons de construction d’une nouvelle étoile de la mort, le site culturel et alternatif rennais connait une réputation sulfureuse. Au plus fort de leurs délires conspirationnistes, les théoriciens du complot l’accusèrent d’abriter la véritable dépouille de Lénine, voire de cacher aux yeux du monde les coordonnées géographiques du légendaire village des Schtroumpfs. Cette dernière accusation fait actuellement l’objet d’un procès en diffamation.

Afin de démêler le vrai du faux, je pris contact avec la rédactrice en chef de l’Imprimerie Nocturne, la discrète mais néanmoins prolixe, Marie L***. Je lui proposais de réaliser une série de reportages sur les coulisses du journal, ce – qu’à ma grande surprise – elle accepta.

Contrairement à ce que je redoutais, jamais elle ne demanda qu’on me tatoue le logo du journal sur la nuque (un dauphin surmonté d’un dragon à trois têtes !), en signe d’appartenance éternelle à cette congrégation culturelle.

Au début du mois de février, je fus donc convié à assister à la première réunion annuelle de l’Imprimerie Nocturne. Pour dissuader les curieux d’y prendre part, les bénévoles avaient pris quelques nécessaires précautions.

Après-midi pluvieux, taux d’humidité de 85 %, coefficient de marée de 88, appels à la vigilance suite à une “supposée” épidémie foudroyante de gastroentérite, etc. Tout avait été mis en œuvre par le staff de l’Imprimerie pour que la réunion demeure secrète.

Mon pass biométrique à la main, je pénétrais dans un petit appartement du centre-ville au charme cossu (quoiqu’un tantinet désuet). L’atmosphère était bon enfant et je franchissais le premier sas de sécurité sans encombre. Je me soumettais bien volontiers aux fouilles d’usages et ne voyais nulle malice aux analyses sanguines qu’ils estimaient nécessaires.

Rassuré d’apprendre que je n’étais porteur d’ aucune souche active de la variole, je m’avançais alors vers les membres souriants de l’Imprimerie Nocturne.

Nous étions huit ce jour-là à nous partager les croissants aimablement offerts par Marie L*** herself”.

  • Z’auriez pas des chouquettes ? lui dis-je.
  • Pas de chouquettes répondit-elle. C’est mauvais pour le travail.

Je remballais ma frustration, tandis que celle que ces collègues aiment à appeler : « The chosen One” commençait à me présenter les bénévoles réunis ce jour-là.

Isabelle : en charge des dessins de l’Imprimerie et chez qui la réunion se tenait. Agathe : membre éminent du journal et conseillère informatique au service de toute l’équipe. Camille : spécialiste d’un genre urbain émergent : le rap. Juliette : en charge des sorties et des photographies. Cathy : qui s’occupe également des photographies et de la partie vidéo du site. Enfin Sylvain : seul membre masculin présent ce jour-là, féru de livres et de cinéma et accessoirement mon principal rival au sein de cette assemblée exclusivement féminine.

En tout et pour tout, une petite dizaine de bénévoles travaillent à la conception de l’Imprimerie Nocturne, sous la houlette bienveillante de leur rédactrice en chef, Marie L***. Ou, comme ils aiment à l’appeler, non sans malice :

La grande Ordonnatrice suprême d’un monde culturel enfin libéré du joug d’un capitalisme libéral, qui va un peu trop loin quand même”.

La réunion se poursuivit jusqu’à la fin de journée. Aucun croissant ne fut mangé, les gens sont méfiants à l’Imprimerie. L’avenir du site et les nombreux projets mis en chantier furent longuement abordés. Des sujets, ô combien passionnants, qui feront, bien évidemment, l’objet de prochains reportages.

La nuit tombait et je m’apprêtais à quitter l’appartement cossu (quoiqu’un peu désuet) où s’était déroulée cette première rencontre avec les membres de l’Imprimerie Nocturne.

Je saluais tout le monde et dressais un premier bilan de la journée. Que de folles rumeurs circulaient à l’encontre du journal ! Avait-on idée d’accuser des gens si sympathiques, passionnés et souriants, dévoués corps et âme à la vie culturelle de leur cité, de manigancer en secret de si sombres desseins ?

Je regardais une dernière fois la dépouille du camarade Lénine qui, dans son cercueil de plexiglas, semblait me narguer d’être à ce point naïf.

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